Vérité, Justice et…Réconciliation

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Robert Aydabirian, Paris le 3 août 2018

Malgré les ingérences diplomatiques de M. Lavrov et les protestations concomitantes de certains parlementaires, soutiens inconditionnels des deux derniers Présidents, il est indispensable que la vérité et la justice soient rétablies au nom des Arméniens spoliés et meurtris depuis 30 ans. La cohésion et la réconciliation nationale se feront à ce prix.

Je pense ici à tous ceux qui en Diaspora méritent de reconnaitre, enfin, les pages sombres et les réalités de l'Arménie indépendante, afin de mieux comprendre ses difficultés et de l'aider à s'en sortir.

Mais surtout à ceux qui ont vu leurs usines pillées et leurs emplois dilapidés (1992-1994), leur Parlement ensanglanté (27 octobre 1999), leurs infrastructures nationales bradées (2000-2003).

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Robert Aydabirian, Paris le 3 août 2018

Malgré les ingérences diplomatiques de M. Lavrov et les protestations concomitantes de certains parlementaires, soutiens inconditionnels des deux derniers Présidents, il est indispensable que la vérité et la justice soient rétablies au nom des Arméniens spoliés et meurtris depuis 30 ans. La cohésion et la réconciliation nationale se feront à ce prix.

Je pense ici à tous ceux qui en Diaspora méritent de reconnaitre, enfin, les pages sombres et les réalités de l'Arménie indépendante, afin de mieux comprendre ses difficultés et de l'aider à s'en sortir.

Mais surtout à ceux qui ont vu leurs usines pillées et leurs emplois dilapidés (1992-1994), leur Parlement ensanglanté (27 octobre 1999), leurs infrastructures nationales bradées (2000-2003).

A ceux qui ont assisté impuissants aux tirs de compatriotes armés contre la foule (nuit du 1er au 2 mars 2008) et contre des policiers (juin 2016). A ceux qui ont appris la mort du 1er au 4 avril 2016 de plus de 100 soldats, laissés sur le front sans équipements de base.

A ceux qui ont pleuré le départ d'un tiers de leurs proches et serré le poing devant les bandits qui ont détourné 30 à 60% des aides extérieures, laissant la charge des prêts étrangers sur le compte des générations futures.

Tout cela a duré plus de 20 ans parce que, depuis 1996, toutes les élections ayant été faussées par le bourrage des urnes et l'achat massif de voix, aucune alternance politique n'a pu se réaliser.

Pour que disparaissent la fraude, la corruption, le crime et que des comportements vertueux s'installent dans les mentalités, les principaux méfaits et leurs auteurs doivent être révélés et condamnés.

Nigol Pashinian a bien compris que, fort de sa légitimité populaire et de son immense courage personnel, cela devait se faire sans tarder.

En parallèle et en complément, des personnalités et des juristes intègres pourraient s'inspirer de l'effort de réconciliation nationale entamé en Afrique du Sud par Mgr Desmond Tutu, après la victoire des forces anti-apartheid conduite par Nelson Mandela *. Ceci afin que la recherche de vérité et de justice ne debouche pas sur une fragmentation de la société mais contribue, au contraire, à son renforcement et à sa cohésion. La promesse répétée du Premier ministre d'exclure toute vendetta politique et de tenir des élections transparentes sont des pré-requis indispensables à un travail plus exhaustif qu'une commission "Vérité et Réconciliation" à l'arménienne pourrait accomplir. Si sa mise en place n'a pas de caractère urgent, il serait utile d'y penser au cas où le risque de confrontations internes devait s'accroitre.

Vérité, Justice et Réconciliation, voilà un triptyque à mettre au service de la Cause Arménienne tant au plan national qu'international.

* Sur les travaux de cette commission voir La Douleur des mots, le récit de la poétesse et journaliste sud-africaine (blanche) Antje Krog qui a couvert pour la radio sud-africaine toutes les séances de la commission de 1996 à 1998 . Et les essais sur l’esprit et les travaux de la Commission, dont ceux de Jacques Derrida et de Paul Ricoeur rassemblés dans Vérité, réconciliation, réparation.

Truth, Justice and … Reconciliation

by Robert Aydabirian, Paris, 3 August 2018

Despite the diplomatic interference of Mr. Lavrov and the concomitant protests of those Members of Parliament who have unconditionally supported the last two Presidents, it is essential that  truth and justice be restored on behalf of the robbed and injured Armenians over the last 30 years. Our national cohesion and reconciliation demand this task to be done.
 
I am thinking here of all those who in the Diaspora deserve to recognize, finally, the dark pages and the realities of independent Armenia, to better understand its difficulties and help him out. 
 
But even more to those who saw their plundered factories and their jobs dilapidated (1992-1994), their Parliament covered with the blood of their leaders (27 October 1999), their national infrastructure sold off (2000-2003).
 
To those who watched helplessly the shots of gunmen against their compatriots, against the crowd (night of March 1 to 2, 2008) and against police (June 2016). 
 
To those who learned of the death of more than 100 soldiers left on the frontline without basic equipment (April 1 to 4, 2016).
 
To those who cried the departure of a third of their loved ones and were tight fist in front of the bandits who diverted 30 to 60% of the foreign aid, leaving the burden of loans on the backs of future generations.
 
All this lasted more than 20 years, because since 1996, all elections were skewed by ballot box stuffing and massive purchases of votes. 
 
For the elimination of fraud, corruption and crime and establishment of virtuous behavior, the main misdeeds and their perpetrators must be revealed and condemned. Nigol Pashinian has understood that; with his popular legitimacy and his immense personal courage, it has to be done without delay.
 
In parallel and complement, personalities and honest jurists could draw inspiration from the national reconciliation effort in South Africa driven by Mgr Desmond Tutu, after the victory of anti-apartheid forces led by Nelson Mandela(*).  This is so that the search for truth and justice does not lead to fragmentation of society, on the contrary, to its reinforcement and cohesion. 
 
The repeated promise of the Prime Minister to exclude any political vendetta and to hold transparent elections are essential prerequisites for a more exhaustive work that a "Truth and Reconciliation" commission to Armenia could accomplish. If its implementation is not so urgent, it would be useful to think about it in the event that the risk of internal confrontations was to increase.
 
Truth, justice and reconciliation, here is a triptych to put at the service of the Armenian Cause both nationally and internationally.
 
(*) On the work of this commission see The Pain of Words, the story of the poetess and South African journalist Antje Krog who covered for the South African radio all committee sessions from 1996 to 1998 and essays on the spirit and work of the Commission, including those of Jacques Derrida and Paul Ricoeur gathered in Truth, Reconciliation, Reparation.
 

 

 

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